Un rapport de scoring conducteur que nous avons examiné avec un client cet été classait le meilleur conducteur de la flotte en tête, avec une note parfaite. Ce conducteur avait parcouru 112 km dans le mois. Le deuxième en avait parcouru 2 400, passait cinq jours par semaine sur la route, et affichait deux freinages brusques.
Personne qui gère une flotte ne croit que le premier est meilleur. Mais le rapport l'affirmait, en gros caractères, en haut de la page. Et une fois qu'un classement est imprimé, il sert : à la réunion du lundi, dans la discussion sur les primes, dans la décision discrète de qui reçoit le nouvel utilitaire.
Les petits dénominateurs font des chiffres bruyants
Presque tous les indicateurs de flotte sont des ratios. Litres aux 100 km. Temps de ralenti en part du temps moteur. Événements pour 1 000 km. Les ratios se comportent mal quand le dénominateur est petit. Deux trajets avec le moteur laissé tourner devant une porte de livraison donnent à un conducteur 40 % de ralenti. Un seul trajet d'autoroute donne à un autre une consommation que personne ne peut égaler. Aucun de ces chiffres n'est faux. Aucun ne veut encore dire quelque chose.
Le même problème se cache dans les moyennes de flotte. Si un tiers de vos véhicules n'a pas de connexion au bus CAN, ils remontent la distance mais zéro carburant. Divisez le carburant total par les kilomètres totaux de toute la flotte et vous obtenez une consommation qui a l'air remarquable et qui est tout simplement fausse. Chaque véhicule qui remonte réellement son carburant passe alors pour un cas anormal.
Ce que nous faisons à la place
Emris calcule les scores conducteur et véhicule sur une fenêtre glissante de 30 jours, et applique deux règles avant toute publication.
Un échantillon minimal. Aucun score n'est publié sous 5 trajets ou 100 km dans la fenêtre. En dessous, le conducteur ou le véhicule est affiché comme provisoire : visible sur la page, jamais classé, jamais coloré en vert ou en rouge. Quand l'échantillon grandit, le score apparaît de lui-même.
Un détail point par point. Chaque score est la somme de parties visibles : carburant par rapport à la moyenne de la flotte, part de ralenti, vitesses élevées, événements de conduite pour les conducteurs, utilisation en semaine pour les véhicules. Chaque partie montre les points qu'elle a apportés et les données qui ont servi à la calculer. Si un véhicule ne remonte pas de carburant, la composante carburant est absente plutôt qu'inventée, et les autres sont repondérées pour que le total reste lisible sur une échelle de 0 à 100.
La moyenne de la flotte elle-même n'est calculée que sur les véhicules qui remontent réellement leur carburant, et la réponse le dit.
Pourquoi c'est plus important qu'il n'y paraît
Un score n'est pas une fonctionnalité d'analyse. C'est le début d'une conversation avec une personne. Un responsable qui met un classement devant un conducteur dépense de la confiance, et un classement qui repose en réalité sur 112 km la dépense d'un coup. Le classement suivant, même juste, sera contesté.
Un score qu'on peut ouvrir et expliquer est un score qu'un responsable peut défendre, et sur lequel un conducteur peut agir. « Ta part de ralenti est de 18 %, surtout au dépôt entre 7h00 et 7h30 » est une conversation. « Tu es septième » n'en est pas une.
Trois questions à poser à tout rapport de scoring
- Quel est l'échantillon minimal avant qu'un score soit publié, et que se passe-t-il en dessous ?
- Puis-je voir les points derrière le total, et les trajets derrière les points ?
- Quand une donnée manque pour un véhicule, la composante est-elle retirée, ou notée comme parfaite en silence ?
Si les réponses sont « aucun », « non » et « nous ne savons pas trop », le classement de la première page est une décoration. Nous préférons vous montrer un tableau plus petit, mais auquel vous pouvez faire confiance.